Comme beaucoup d’entre vous, j’ai ouvert mon appel de cotisation CARMF et ma première réaction a été : « C’est quoi ce bordel ?! » +15 % chez moi.

Alors j’ai creusé le sujet à fond. Et en fait, derrière la hausse CARMF, il y a une réforme bien plus large qui change tout le mode de calcul de nos cotisations sociales (URSSAF comme CARMF) avec l’arrivée du Revenu Social Unifié (RSU). Et quand on regarde le tableau complet, c’est plus compliqué (et parfois meilleur) que ce que l’appel laisse croire.

Je te donne ici le résumé de ce que j’ai compris.

1. Cotisations CARMF et URSSAF : comment ça marche pour le médecin libéral

En libéral, tu paies des cotisations à deux organismes : la CARMF (ta caisse de retraite : régime de base, complémentaire, ASV, invalidité-décès) et l’URSSAF (assurance maladie, allocations familiales, CSG-CRDS, IJ). Si tu veux le détail des taux, tu les trouves sur carmf.fr et urssaf.fr.

Ce qu’il faut retenir pour comprendre la suite, c’est la différence entre S1 et S2 :

Côté URSSAF, la CPAM prend en charge la quasi-totalité de la cotisation maladie des S1 (6,4 % sur 6,5 %). Un S1 ne paie que 0,1 % de taux effectif. Un S2 paie le plein tarif. Sur 80 000 € de revenus, ça fait ~80 € pour un S1 contre ~5 200 € pour un S2.

Côté CARMF, l’ASV est pris en charge aux 2/3 par la CNAM pour les S1. Un S1 paie ~1 917 € de forfait ASV, un S2 paie 5 751 €.

Tu comprends pourquoi cette réforme n’a pas du tout le même impact selon ton secteur.

Régularisation CARMF : pourquoi l’appel de cotisation fait mal

L’autre truc à comprendre, c’est que tu ne paies jamais tes cotisations en temps réel. Elles sont toujours calculées sur des revenus passés :

Cotisation Calculée sur
URSSAF (toutes) Revenus N-1 (provisionnelles, puis régularisation quand N connu)
CARMF régime de base Revenus N-1
CARMF complémentaire Revenus N-2
ASV (part ajustement) Revenus N-2

Résultat : en début d’année, tu paies des provisionnelles basées sur tes anciens revenus. Quand tes revenus réels sont connus, tout est recalculé d’un coup : c’est la régularisation.

Exemple concret : imaginons que tes revenus passent de 80 000 € en 2024 à 100 000 € en 2025. Ton appel CARMF de février 2026 est calculé sur tes anciens revenus (le BNC 2024 tel quel) avec les nouveaux taux. La régularisation intervient à l’été quand la CARMF recalcule tout sur la nouvelle assiette (RSU). C’est pour ça que certains voient +15 ou +20 % sur leur appel CARMF alors que la hausse des taux seule fait +8 à +11 % : il y a la hausse des taux, la régularisation de revenus, et le changement d’assiette qui s’empilent (voir le calendrier). Côté URSSAF, les nouveaux taux ne seront appliqués qu’après ta déclaration de revenus (mai-juin 2026).

2. Hausse des cotisations CARMF 2026 : les nouveaux taux

Premier réflexe : en vouloir à la CARMF. Sauf que ce n’est pas elle qui a décidé cette hausse. Ça vient d’une réforme imposée par l’État, inscrite dans l’article 18 de la LFSS 2024, votée au 49.3. Le CA de la CARMF (composé de médecins cotisants comme toi et moi) a au moins obtenu que cette hausse génère des droits supplémentaires plutôt qu’être à droit constant. C’est mieux que rien, mais ça reste une hausse.

Les taux officiels publiés par la CARMF :

Régime Taux 2025 Taux 2026 Évolution
Régime de base T1 (≤ 1 PASS*) 8,23 % 8,73 % +6,1 %
Régime de base T2 (> 1 PASS) 1,87 % 1,87 % 0 %
Complémentaire (≤ 3,5 PASS) 10,20 % 11,80 % +15,7 %
ASV forfaitaire +3,5 %
ASV ajustement +5,3 %

*PASS = Plafond Annuel de la Sécurité Sociale (48 060 € en 2026). C’est le repère utilisé pour calculer les plafonds de cotisations. Source : CARMF, Taux 2026

Simulation cotisations CARMF 2026 : ce que ça donne en euros

Revenu net CARMF S1 2025 CARMF S1 2026 Hausse S1
30 000 € 8 300 € 9 018 € +8,7 %
90 000 € 17 166 € 19 051 € +11,0 %
130 000 € 22 564 € 25 115 € +11,3 %

Source : exemples officiels CARMF

Rien qu’avec la hausse des taux, c’est +8 à +11 % sur ta cotisation CARMF. C’est plus que les +5 % annoncés initialement : la hausse du complémentaire à +15,7 % pèse lourd. Et si tes revenus ont aussi augmenté, la régularisation s’ajoute par-dessus (cf. le décalage N-1/N-2 expliqué plus haut).

3. Réforme de l’assiette sociale : le calcul RSB et RSU en 2026

La hausse des taux CARMF, c’est un volet. Mais il y en a un deuxième, moins visible et pourtant plus important : la façon dont toutes nos cotisations sont calculées change (URSSAF et CARMF). Et c’est là que ça devient intéressant.

Avant la réforme : des cotisations calculées sur les cotisations

Avant, pour calculer ta CSG-CRDS, on partait de ton BNC et on rajoutait tes cotisations sociales (CARMF + URSSAF : maladie, AF, IJ). Exemple : un S1 avec 80 000 € de BNC payait environ 16 000 € de CS (essentiellement CARMF). Sa base CSG-CRDS ? Pas 80 000 €, mais 96 000 € (80k + 16k). Tu payais donc de la CSG sur de l’argent que tu n’avais même pas touché : tes propres cotisations. Des CS calculées sur des CS.

Le RSU (Revenu Social Unifié) : une seule assiette pour toutes vos cotisations

Maintenant, on passe à une assiette unique : le RSU (Revenu Social Unifié). Toutes tes cotisations (URSSAF et CARMF, y compris la CSG-CRDS) sont calculées dessus. Plus de majoration, plus de circularité. Et concrètement, ça fait baisser ta CSG-CRDS d’environ 20 %.

Comment on le calcule ? En deux étapes. D’abord le RSB (Revenu Social de Base) : en gros, ton chiffre d’affaires moins tes charges pro, sans déduire les cotisations sociales. Ensuite : RSU = RSB × 0,74 (l’abattement de 26 % remplace forfaitairement tes CS). Ce qui change selon ton mode d’exercice, c’est comment tu calcules ton RSB.

L’idée clé à retenir

Le RSB, c’est ton revenu avant déduction des cotisations sociales. Si tu pars de ton BNC (qui est déjà net de CS), il faut réintégrer tout ce que tu avais déduit : cotisations CARMF, cotisations URSSAF (maladie, IJ, allocations familiales) et CSG déductible (6,8 %). Donc : RSB = BNC + toutes ces CS déduites. En pratique, ça revient exactement au même que de faire CA – charges pro (hors CS).

Ensuite, l’État applique un abattement forfaitaire de 26 %, identique pour tout le monde, censé remplacer tes CS. RSU = RSB × 0,74. C’est le RSU qui sert d’assiette pour toutes tes cotisations : CARMF, URSSAF et CSG-CRDS.

Et c’est là que tu comprends pourquoi les S1 sont gagnants et les S2 perdants :

Un S1 paie environ 16 à 20 % de CS réelles (essentiellement la CARMF, l’URSSAF étant quasi offerte par la CPAM). L’abattement de 26 % est plus généreux que ses CS réelles. Son RSU est donc inférieur à son ancien BNC. Il paie ses cotisations sur une assiette plus basse qu’avant. Cadeau.

Un S2 paie environ 35 à 40 % de CS réelles (CARMF + URSSAF plein pot). L’abattement de 26 % est insuffisant pour couvrir ses CS réelles. Son RSU est donc supérieur à son ancien BNC. Il paie ses cotisations sur une assiette plus haute qu’avant. Pénalité.

Cas 1 : BNC déclaration contrôlée (frais réels)

C’est le cas de la plupart des médecins libéraux (EI à l’IR, BNC en déclaration contrôlée).

RSB = ton CA – toutes tes charges professionnelles déductibles (loyer, matériel, amortissements, prévoyance Madelin, moins-values, etc.). Seule exception : tu ne retires pas tes cotisations sociales obligatoires ni ta CSG déductible : c’est l’abattement de 26 % qui les remplace.

RSU = RSB × 0,74. C’est ta nouvelle assiette. Toutes tes CS sont calculées dessus.

Exemple : CA = 150 000 €, charges pro = 50 000 € → RSB = 100 000 € → RSU = 100 000 × 0,74 = 74 000 €. Tes CS sont calculées sur 74 000 €.

L’abattement est plafonné à 130 % du PASS, soit 61 230 € pour les revenus 2025 (62 478 € pour 2026). Si ton RSB dépasse ~235 000 €, l’abattement ne progresse plus. Si tu es en dessous (grande majorité d’entre nous), pas de souci.

Source : URSSAF, Réforme cotisations indépendants

Cas 2 : Micro-BNC

Si tu es en micro-BNC, c’est encore plus simple. Rien ne change dans la logique, et tu n’as pas besoin de calculer de RSB.

RSU = CA × 0,66 (abattement forfaitaire de 34 %)

C’est tout. Tes cotisations sont calculées sur ce montant.

Source : URSSAF, Réforme cotisations indépendants

Cas 3 : SELARL (société à l’IS)

Le point de départ change : ton RSB part de ta rémunération de gérant, pas du CA de la société.

RSB = rémunération + dividendes soumis à cotisations – frais professionnels personnels

Les dividendes au-delà du seuil de 10 % sont réintégrés dans l’assiette sociale (règle existante, pas liée à la réforme).

Tu ne déduis ni les CS ni la CSG : c’est la société qui les paie. L’abattement de 26 % est censé les couvrir forfaitairement.

Ensuite : RSU = RSB × 0,74, comme tout le monde.

Exemple : rémunération = 100 000 €, pas de dividendes > seuil, pas de frais pro perso → RSB = 100 000 € → RSU = 74 000 €

Source : URSSAF, Réforme cotisations indépendants

Cas 4 : EI à l’IS

Même logique que la SELARL : RSB = rémunération + dividendes > 10% du seuil – frais pro perso. Puis RSU = RSB × 0,74.

Source : URSSAF, Réforme cotisations indépendants

Impact sur ta CSG-CRDS : la bonne nouvelle de la réforme

Exemple concret (médecin S1 en BNC, déclaration contrôlée)

CA = 150 000 €, charges pro = 50 000 €
RSB = 150 000 – 50 000 = 100 000 €
RSU = 100 000 × 0,74 = 74 000 €
CSG-CRDS = 74 000 × 9,7 % = 7 178 €

Avec l’ancien calcul, la CSG-CRDS était environ 20 % plus élevée. C’est l’ordre de grandeur de l’économie pour la plupart des médecins en S1.

C’est cette baisse de CSG-CRDS qui compense (en partie ou en totalité) la hausse CARMF. Et c’est pour ça que les S1 s’en sortent bien au global.

4. Médecin secteur 1, secteur 2, secteur 3 : qui est gagnant ou perdant ?

C’est LA question. Pour y répondre, il faut regarder CARMF + URSSAF ensemble, pas juste l’appel CARMF.

Secteur 1
Gagnant : -2 à -5 %
La baisse CSG-CRDS (~2 000 à 3 000 €) compense la hausse CARMF (~1 500 à 2 500 €). Source CARMF.

Secteur 2
Perdant : +3 à +5 %
Hausse CARMF + cotisation maladie URSSAF qui passe en barème progressif (jusqu’à 8,5 % vs 6,5 % avant). L’économie CSG ne compense pas. Source CARMF.

Secteur 3
Perdant : un peu moins que S2
Même logique que S2, mais pas d’ASV à payer. Or c’est l’ASV qui subit la plus forte hausse.

Exceptions pour les S1

Si tu as une grosse activité hors convention (HC) (expertise, esthétique, etc.) : la CPAM ne prend pas en charge la cotisation maladie sur cette part. Le taux AM sur les gains divers passe de 9,75 % à 11,75 %. Au-delà de ~20 % de ton activité en HC, le bilan « gagnant » se réduit voire s’annule. Plus ta part HC est importante, plus ça te coûte.

Si ton RSB dépasse ~235 000 € : l’abattement de 26 % est plafonné. Tu profites moins du nouveau calcul.

Pour estimer ton impact, j’ai fait un simulateur de revenu net selon ton CA et ton secteur.

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5. Calendrier 2026 : quand tu verras l’impact sur tes cotisations

Ce qui se passe concrètement

CARMF, appel de février 2026 : nouveaux taux, mais ancienne assiette.

L’appel que tu as reçu en février 2026 applique bien les nouveaux taux (8,73 % en base, 11,80 % en complémentaire, etc.). Mais l’assiette utilisée est encore l’ancien BNC tel quel. Ce n’est pas encore le RSU (RSB × 0,74). Et c’est le même BNC pour tous les régimes (base, complémentaire, ASV).

Solde été 2026 : attention, seul le régime de base bascule sur le RSU.

Après ta déclaration de revenus (DSPAMC, mai-juin 2026), la CARMF recalcule le régime de base sur le RSU de tes revenus 2025 (car le régime de base = revenus N-1). Mais le complémentaire et l’ASV restent sur l’ancienne assiette en 2026, car ils sont calculés sur tes revenus N-2 (soit 2024). Le passage au RSU pour ces régimes n’interviendra qu’à l’acompte de janvier 2027.

Source : Lettre du président de la CARMF, janvier 2026 : « Vos cotisations seront calculées sur la nouvelle assiette de référence dès l’appel du solde 2026 pour le seul régime de base, puis à partir de l’appel de l’acompte de janvier 2027 pour l’ensemble de tous les régimes. »

Ce que ça veut dire pour toi :

Si tu es S1 : en 2026, tu ne profites du RSU (assiette plus basse) que sur le régime de base. Le complémentaire et l’ASV sont encore sur l’ancien BNC avec les nouveaux taux plus élevés. C’est l’année de transition la plus « salée ». En 2027, quand tout bascule sur le RSU, l’assiette baisse aussi pour le RC et l’ASV. Tu bénéficies enfin du plein effet de la réforme. Ça devrait être meilleur qu’en 2026.

Si tu es S2 : c’est l’inverse. En 2027, le passage du RC et de l’ASV au RSU (qui est supérieur au BNC pour toi) amplifie encore la hausse. Prévois-le dans ta trésorerie.

URSSAF : rien ne bouge tant que tu n’as pas déclaré tes revenus 2025 (DSPAMC, mai-juin 2026). La régularisation avec la nouvelle assiette RSU sera visible sur les échéances d’août et novembre 2026 (3e et 4e trimestres). C’est là que tu verras la baisse CSG-CRDS (tout le monde) et la hausse cotisation maladie (S2 uniquement).

En résumé, le calendrier en 4 temps :

  1. Février 2026 : 1er appel CARMF (acompte) = nouveaux taux × ancien BNC, pour tous les régimes. Si tu es mensualisé, tes prélèvements de janvier-février sont au 1/12e de tes cotisations 2025, puis ajustés à partir de mars avec les nouveaux taux.
  2. Mai-juin 2026 : DSPAMC = tu déclares tes revenus 2025, calcul du RSB puis du RSU.
  3. Été 2026 : 2e appel CARMF (solde). Le régime de base est recalculé sur le RSU (revenus 2025). Le complémentaire et l’ASV restent sur l’ancienne assiette (revenus 2024). Côté URSSAF : régularisation CSG-CRDS sur le RSU.
  4. Janvier 2027 : acompte CARMF = tous les régimes (base, RC, ASV) calculés sur le RSU. C’est là que le bilan complet de la réforme se voit pour la première fois.

6. Résumé : hausse CARMF et réforme URSSAF, le bilan pour le médecin libéral

Les taux CARMF augmentent (+8 à +11 %). Le nouveau calcul via le RSU fait baisser la CSG-CRDS (~-20 %). L’un ne va pas sans l’autre. C’est quand tu regardes les deux ensemble que tu sais si tu es gagnant ou perdant.

En clair : tout le monde gagne sur la CSG. Mais l’État récupère l’argent via les hausses CARMF et URSSAF maladie. Les S1 100 % conventionnés sont les seuls vrais gagnants, parce que la CPAM absorbe les hausses à leur place.

Si tu es S1 (100 % conventionné)

Bonne surprise : tu vas économiser 2 à 5 % sur le montant global de tes cotisations sociales (CARMF + URSSAF). Si tu payais 30 000 € en 2025, compte entre 600 et 1 500 € d’économie (hors régularisation liée à une hausse de revenus).

Si tu es S2

Prévois un matelas : tu vas payer +3 à +5 % sur le global. Si tu payais 40 000 € en 2025, ça fait 1 200 à 2 000 € de plus (hors régularisation). Anticipe-le dans ta trésorerie.

Si tu es S3

Même logique que le S2, mais la hausse est moindre : tu ne paies pas d’ASV, et c’est l’ASV qui subit la plus forte augmentation.

Si tu as des remarques ou des questions, n’hésite pas à les poser en commentaire.

Tu sais ce qu’il te reste. Et maintenant, qu’est-ce que tu en fais ?

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Cet article est à visée pédagogique et ne constitue pas un conseil personnalisé. Pour ta situation spécifique, rapproche-toi de ton expert-comptable.